Troisième Génie, la marge de progrès

Le Génie RÉGÉNÉRATIF, ce qui améliore les deux

Deux logements peuvent afficher la même lettre au diagnostic, coûter le même prix au mètre carré, et ne pas se vivre pareil. L'un sera froid le long des murs en janvier et invivable sous les combles en juillet. L'autre non. Rien dans les documents remis à la vente ne permet de faire la différence.

Le Génie RÉGÉNÉRATIF s'occupe de cet écart, et de ce qui peut le réduire. Il ne regarde pas si le lieu est habitable, ni s'il pourra changer. Il regarde ce que le bâtiment peut encore devenir, et à quelles conditions.

Six choses s'y observent. Ce que le lieu apporte à celui qui y dort et y respire, la température réelle des parois, la façon dont la matière échange avec l'air, ce que cette matière a coûté avant même d'être posée, la relation entre le lieu et celui qui l'occupe, et la marge de progrès qui reste disponible.

Un bâtiment ne consomme jamais ce qu'on a calculé pour lui. Il consomme ce qu'il est vraiment.

Un logement qui rend la santé

On attend d'un logement qu'il ne nuise pas. C'est peu demander. Un bâtiment fait bien davantage : il donne ou ne donne pas de la lumière le matin, du silence la nuit, un air qui se renouvelle sans qu'on y pense, une température de mur qu'on ne sent pas. Ces choses-là ne figurent sur aucun document de vente, et ce sont elles qu'on habite.

Le sommeil est le premier bénéficiaire. Une chambre orientée pour recevoir le jour tôt, protégée du bruit de rue, dont les parois ne renvoient pas de froid, où l'humidité reste stable pendant la nuit, produit un repos que le même volume mal disposé ne produira jamais. C'est mesurable dans la journée qui suit, et personne ne fait le lien avec le bâtiment.

Ce qu'on observe : l'orientation des pièces de repos et l'heure à laquelle le jour y entre, la lumière naturelle disponible dans les pièces de vie en hiver, l'exposition au bruit selon les façades, la stabilité de l'humidité entre le soir et le matin, la capacité du lieu à se renouveler en air sans qu'on ouvre en grand, et les hauteurs et volumes qui changent la façon dont on respire dans une pièce.

Ce que ça change : un logement dont on sort reposé, ou un logement qu'on quitte le matin déjà fatigué sans savoir pourquoi. À l'achat, ça ne se lit sur aucune annonce et ça se paie tous les jours pendant vingt ans.

Chambre de maison ancienne rénovée traversée par la lumière du matin, qualité d'habitation que la domogenie observe au titre du Génie RÉGÉNÉRATIF

Le lien au vivant, et ce qu'un logement en offre

Cour arrière de maison de ville plantée et ombragée par un arbre, protection contre la surchauffe estivale que la domogenie observe au titre du Génie RÉGÉNÉRATIF

Un logement met en rapport avec le dehors, ou il en coupe. Ce n'est pas une question de goût. La lumière naturelle qui varie dans la journée et dans l'année, une vue sur des arbres depuis une pièce de vie, le passage du dedans au dehors sans rupture, la présence de matériaux dont on lit la matière et l'irrégularité, tout cela agit sur la récupération, sur la charge mentale et sur le sommeil. La recherche le documente depuis quarante ans et l'appelle biophilie.

Sur le bâti de la Métropole Lilloise, la question ne se pose pas comme dans une maison de lotissement. Les rangées de brique sont serrées, les cours sont petites, les vis-à-vis nombreux, et les arbres de rue rares dans les quartiers ouvriers. Un logement peut être sain, isolé et bien orienté, et n'offrir à ses occupants que du mur en face de chaque fenêtre.

Ce qui se regarde à l'achat, ce n'est pas seulement ce que le lieu donne aujourd'hui, c'est ce qu'il autorise. Quinze mètres carrés de béton à l'arrière d'une courée peuvent devenir une cour plantée. Un mur aveugle peut recevoir du grimpant. Une fenêtre de service peut s'ouvrir sur du végétal, une toiture plate peut se garnir, un pignon exposé peut se doubler d'un arbre à la bonne distance. Ce sont des travaux de rénovation modestes, souvent hors de tout dossier, et ils changent ce qu'on regarde tous les jours.

Ce qu'on observe : ce que l'on voit depuis chaque fenêtre et la part de vivant dans ce champ, l'orientation et la course du soleil dans les pièces de vie, l'existence d'un extérieur même petit et sa capacité à être planté, la nature du sol de cet extérieur et ce qui se cache sous le béton, les vis-à-vis et les hauteurs qui les créent, la présence d'arbres dans la rue ou dans les cours voisines, et le rapport entre le dedans et le dehors au rez-de-chaussée.

Un bâti qui a retrouvé ses moyens

Une maison de brique correctement reprise se comporte différemment d'une maison neuve, et souvent mieux sur les points qui comptent l'été. Les murs épais qui ont retrouvé leur capacité à sécher travaillent avec l'air au lieu de le subir : ils absorbent l'humidité du matin et la restituent, ils retardent la chaleur de l'après-midi de plusieurs heures et la relâchent quand la nuit est tombée. C'est de l'inertie, elle était déjà là, elle a simplement été rendue à son fonctionnement.

Le confort d'hiver change en même temps, et sans rapport avec la chaudière. Des parois dont la surface est proche de la température de l'air rendent utilisables des mètres carrés qui ne servaient pas : le long des murs, près des fenêtres, dans une chambre qu'on n'occupait plus entre novembre et mars. Ces mètres carrés étaient payés à l'achat.

Ce qui rend cette régénération possible, c'est le respect du fonctionnement d'origine. Le bâti ancien de la Métropole Lilloise a été construit pour échanger avec l'air des deux côtés du mur. Les travaux qui lui rendent ses moyens sont ceux qui préservent cette capacité à sécher. Ceux qui l'enferment produisent des désordres qui apparaissent des années plus tard, et un bâti qu'il faut défaire avant de pouvoir l'améliorer.

Ce qu'on observe : ce que le bâti offre déjà comme masse et comme épaisseur, la capacité du mur à sécher de part et d'autre, la présence d'enduits ou de films qui l'en empêchent, la qualité des reprises déjà faites et leur réversibilité, la masse disponible sous toiture, et l'écart entre le comportement d'été annoncé et celui que le bâtiment produit réellement.

Ce que ça change : un logement stable en hygrométrie, tenable en juillet et confortable en janvier, obtenu en travaillant avec le bâti plutôt que contre lui. À l'achat, la différence entre un bien qui a encore tous ses moyens et un bien dont on a déjà fermé les portes.

Ce que la matière a coûté avant d'arriver

Un chantier a deux coûts. Celui qu'on paie à l'entreprise, et celui que la matière a déjà consommé pour exister, être transportée, être posée, puis un jour être déposée et évacuée. Le second ne figure sur aucun devis et pèse pourtant sur le bilan réel de l'opération.

C'est ce qui rend la conservation intéressante bien au-delà du sentiment patrimonial. Un mur qui reste debout, une charpente qu'on renforce plutôt qu'on remplace, une menuiserie ancienne dont les bois sont sains, un carrelage de tomettes qu'on rattrape, tout cela évite à la fois une dépense et une consommation. Le réemploi n'est pas un supplément d'âme, c'est une ligne d'économie.

Une maison de rangée en brique du Nord porte déjà l'essentiel de ce qui a coûté à produire. Les murs, les planchers, la charpente, les percements, la trame : tout est là et tout est amorti depuis un siècle. Une maison qui atteint le même niveau de confort en conservant cette structure et une construction neuve de même surface n'ont rien à voir sur ce plan, et ce n'est visible sur aucun des deux prix affichés.

Ce qu'on observe : ce qui est encore sain et peut rester en place, l'état réel des bois sous une couche de peinture, la présence de matériaux locaux et de leur filière encore active dans la région, la part du chantier qui partirait en benne, l'existence de matériaux problématiques à la dépose, et la réversibilité de ce qui a été posé par les précédents propriétaires.

Ce que ça change : un chantier qui conserve et coûte moins, ou un chantier qui met à nu puis reconstruit, avec un budget et un volume de déchets sans rapport. La question se pose avant d'arbitrer le programme, pas pendant.

Dallage ancien en pierre bleue tambourinée conservé dans une maison rénovée, réemploi de la matière existante que la domogenie observe au titre du Génie RÉGÉNÉRATIF

Le lieu et celui qui l'occupe

Certaines approches ne travaillent ni sur le bâti ni sur ses performances, mais sur la relation entre un lieu et la personne qui y vit. La géobiologie et le feng shui en font partie. Elles sont documentées ici parce qu'elles relèvent du même mouvement que le reste de ce Génie, améliorer ensemble le bâtiment et l'habitant, et parce que beaucoup de porteurs de projet arrivent avec ces questions.

Leur statut doit être dit clairement. Elles ne font l'objet d'aucune validation établie, elles ne produisent pas de mesure comparable d'un bien à l'autre, et à ce titre elles n'entrent dans aucun calcul de qualité ni dans aucune estimation de valeur. Elles ne se notent pas. Ce qui s'y joue tient au vécu de l'habitant, et le vécu ne se met pas en indice.

Ce qui y est observé recoupe souvent des éléments qu'on retrouve ailleurs sous d'autres noms : l'orientation et la course du soleil dans les pièces, l'endroit d'où l'on voit venir, la position du lit par rapport à la porte et aux ouvertures, les circulations qui traversent un espace de repos, l'encombrement des angles, la présence de vis-à-vis, la qualité du sommeil rapportée par les occupants précédents quand l'information est disponible.

Ces approches n'expliquent aucun symptôme. Un sommeil qui ne vient pas, une fatigue au réveil, un air qui pèse dans une pièce ont presque toujours une cause que le Génie VITAL mesure : un renouvellement d'air insuffisant, une humidité mal située, un champ électrique en tête de lit, une pollution intérieure. Ces causes se cherchent en premier, elles se mesurent, elles se corrigent. Attribuer un trouble à la configuration d'un lieu avant d'avoir vérifié ce qui se mesure serait la seule vraie faute de méthode.

Ce que ça change relève de l'aménagement, et l'aménagement se décide après l'achat. Déplacer un lit, inverser l'usage de deux pièces, dégager une circulation, ne coûte presque rien et ne se voit sur aucun devis. Un porteur de projet peut décider d'en tenir compte, ou de n'en tenir aucun compte. Les deux positions sont recevables, et aucune ne modifie ce que le bâtiment vaut.

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Ce qu'un bâti peut encore devenir

Deux logements dans le même état de départ n'ont pas la même marge devant eux. L'un progresse beaucoup pour peu d'engagement, l'autre plafonne quels que soient les moyens. Cette marge se lit avant l'achat, et elle est souvent le vrai différenciateur entre deux biens comparables sur l'annonce.

Ce qui la réduit est rarement l'état, plus souvent ce qui a déjà été fait. Une isolation intérieure posée sans traiter les points singuliers, une façade enduite au ciment sur de la brique ancienne, une menuiserie neuve montée dans un tableau non repris, un plancher chargé au-delà de ce qu'il portait : chacun de ces travaux a coûté de l'argent et a fermé une porte. Le bâti qui n'a rien reçu est parfois dans une meilleure position que celui qui a été mal repris.

À l'inverse, un bâti qui a gardé ses moyens rend chaque euro visible. Les murs sèchent, les planchers portent, la trame accepte d'être modifiée, et les travaux s'enchaînent dans l'ordre au lieu de se corriger l'un l'autre. C'est ce qui distingue un chantier qui améliore d'un chantier qui répare.

Ce qu'on observe : la nature et la qualité des interventions antérieures, ce qui est réversible et ce qui ne l'est pas, l'ordre dans lequel les choses ont été faites, la cohérence entre les lots repris, l'existence de contraintes extérieures qui plafonnent le progrès possible sur les façades, et ce que le bâti offre encore comme prise. Un pavillon des années 80 à 2000 rénové par morceaux au fil des propriétaires peut avoir moins de marge qu'une courée jamais touchée.

Ce que ça change : un bien sur lequel chaque euro engagé produit un résultat, ou un bien où il faut d'abord défaire. À l'achat, c'est une différence de prix qui se justifie, et qui ne se voit sur aucun document.

Ce que le RÉGÉNÉRATIF ne dit pas

Le RÉGÉNÉRATIF regarde la marge de progrès. Il ne dit pas si le logement est habitable aujourd'hui, ni s'il pourra suivre une vie.

Un bâti peut offrir une marge de progrès considérable et rester invivable dès l'entrée : air chargé, murs humides, réseaux dangereux, bruit permanent. Ces questions relèvent du Génie VITAL, et elles se posent avant toutes les autres. Une marge de progrès ne se consomme pas le jour de l'emménagement.

Il ne dit rien non plus de ce que le bâtiment autorisera. La structure et ce qu'elle permet d'ouvrir, le plan et sa capacité à se redistribuer, les réseaux et leur marge, le volume disponible qu'on n'utilise pas encore, relèvent du Génie ÉVOLUTIF. Un bâti qu'on peut améliorer mais pas transformer se quitte quand la vie change.

Les trois sont indissociables. Un bien excellent sur un seul Génie ne tient pas.

La domogénie, que l'on écrit aussi domogenie sans accent, est une discipline de la qualité de l'habitat créée par Franck Turpin.